Conférences

19 h 00
Continuer à vivre – Pourquoi l'avenir est plurilogique
Prof. Dr. Ottmar Ette
Salle Boris Vian

La philosophie du 20e siècle, selon Vincent Descombes, s'est trouvée tout entière sous le signe de l'altérité, sous le signe de la relation entre Soi et l'Autre. La « question de l'autre » (Tzvetan Todorov) faisait déjà figure au 15e siècle de question géopolitique brûlante dans le contexte du colonialisme européen. Pourtant, ce n'est pas seulement de manière collective, mais aussi individuelle que cette problématique de l'altérité – selon Julia Kristeva par exemple – est passée au premier plan: « Étrangement, l’étranger nous habite. » Depuis la chute du mur de Berlin alternent constamment de nouvelles constructions de l'étranger, de l'autre, et ce à un rythme effréné. Comment parvenir à se sortir à nouveau de ce piège mortel du penser et de l'agir ? En se plaçant sous le signe du polylogique et du plurilogique, la conférence tentera de montrer des voies nouvelles et inattendues.

Des technologies innovantes pour le futur: sauver-conserver-transmettre la culture
Dr. Bertram Nickolay
Salle Duchamp

Comment faire revivre le patrimoine culturel, comment le protéger et comment le vivre à l’heure du numérique ? Au fil des siècles, de nombreux biens culturels ont été endommagés ou détruits sous l’effet de conflits guerriers, du terrorisme, de catastrophes naturelles ou d’un stockage inadéquat. C’est à cela que M. Nickolay consacre son intervention en présentant notamment les technologies d’avenir de numérisation et de reconstruction dont dispose l’Institut Frauenhofer de recherche sur les systèmes de production et les techniques de construction (IPK). Des exemples de projets concrets permettront de mettre en lumière les nombreux champs d’utilisation et le potentiel de cette technologie unique au monde.

Le diagnostic scientifique sur les changements climatiques: un outil citoyen
Prof. Dr. Hervé Le Treut
Salle Ganeval

La conférence de Paris sur le Climat (COP21) a vu l'ensemble des différentes nations de la planète, représentées le plus souvent par les chefs d'Etat eux-mêmes, valider le message de la communauté scientifique: pour ne pas dépasser un seuil de danger, correspondant à un réchauffement de 1,5 ou 2°C, il faudra arriver dans la deuxième moitié de ce siècle à un équilibre qui condamne en grande partie l'usage du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Les difficultés sont néanmoins considérables. Ces objectifs susciteront des résistances de larges secteurs de nos sociétés, et ils impliquent de savoir comparer les risques climatiques aux autres risque socio-économiques ou environnementaux qui se manifesteront simultanément. Ils impliquent aussi de savoir vérifier les engagement des Etats, de développer des technologies nouvelles, d'entrer dans la complexité qui est inhérente à la recherche de solutions. Dans tous ces cas, le diagnostic scientifique constitue un point d'appui nécessaire pour que la société civile puisse jouer le rôle majeur qui doit être le sien.

19 h 30
Comprendre la révolution collaborative
Dr. Jean Viard
Salle Ganeval

Le monde est en ce moment souvent noir – comme Daech – ou brun – comme les extrêmes droites. Pourtant, la société collaborative et numérique nous entraîne dans une mutation économique et culturelle aussi puissante que celle de la révolution industrielle. Jean Viard fait le récit des réussites de nos sociétés, mais aussi celui de leurs bouleversements : alors qu’une « classe créative » rassemble innovation, mobilité et liberté individuelle au cœur des métropoles productrices de richesse, les classes hier « dominantes » se retrouvent exclues, perdues, ­basculant leur vote vers l’extrême droite. Il propose une analyse sans concession des limites du politique dans la société contemporaine et exhorte les acteurs culturels à se réapproprier le rôle de guide en matière de vision sociétale à long terme. Des propositions innovantes pour repenser le vivre-ensemble dans un monde qui a besoin de recommencer à se raconter.

Espace urbain central ou vieux quartier rénové ? Quel avenir pour l’espace compris entre la Tour de la télévision et la Sprée ?
Prof. Dr. Gabriele Dolff-Bonekämper
Salle Duchamp

Il s’agit de se pencher sur le cas particulier de l’espace construit à la fin des années 1960 et au début des années 1970 au bout d’un long processus de planification urbaine centralisée entrepris par le régime est-allemand, espace qualifié par l’architecte berlinois Stephan Strauss de « Central Park de la RDA ». C’est à cet endroit que la Tour de la Télévision fut édifiée entre 1964 et 1968. Sa reprise entre 1969 et 1972 donna à l’espace toute sa signification et sa signature visuelle. Le pendant de la Tour de la Télévision de l’autre côté de l’espace fut le Palais de la République, inauguré en 1976. En lieu et place du Palais de la République, détruit en 2008, est actuellement édifié le nouveau Château (das neue Schloss). Mais comment le Château « communiquera »-t-il avec la Tour de la Télévision ? Quelles nouvelles fonctions seront dévolues à l’espace central ? A quoi ressemblera-t-il ? Quelle signification revêtira-t-il ?

La futurité du passé : « Une autobiographie allemande » par Hélène Cixous et Cécile Wajsbrot
Prof. Dr. Susanne Zepp
Médiathèque

Cette conférence se propose de commenter l‘ouvrage paru au printemps 2016 intitulé « Une autobiographie allemande », de Hélène Cixous et Cécile Wajsbrot, et qui se conçoit comme une représentation littéraire de l'histoire allemande et française. Pour ce faire, la notion de « futurité » –créée par Amir Eshel – doit aider à comprendre que le rappel au passé chez Cixous et Wajsbrot est le point de fuite d’une humanité reliée au présent et au futur.

Table ronde sur l'avenir de l'Europe

Salle Boris Vian

Table ronde sur l'avenir de l'Europe avec SE Philippe Etienne, Ambassadeur de France en Allemagne, Alfred Grosser, essayiste et politologue ainsi qu'Albrecht Meier, journaliste au Tagesspiegel. Moderation: Julia Krittian, journaliste au Tagesschau (ARD).

20 h 00
À qui appartient le beau? Réflexion sur les musées du 21ème siècle
Prof. Dr. Bénédicte Savoy
Médiathèque

« La tristesse, l’ennui, l’admiration, le beau temps qu’il faisait dehors, les reproches de ma conscience, la terrible sensation du grand nombre des grands artistes marchent avec moi. » C'est ainsi que Paul Valéry décrivait une visite au musée en 1923. Près de 100 ans plus tard les musées sont devenus un hotspot pour toutes sortes de prises de position et de débats. C'est tout particulièrement la question de l'origine des collections qui est brulante pour le 21siècle. Comment les musées appréhendent-ils cette problématique ? C'est justement à cette question que l'exposé aimerait répondre.

Ambivalente Allemagne – migration, réfugiés et Islam
Prof. Dr. Naika Foroutan
Salle Duchamp

L’Allemagne évolue vers une société d’immigration plurielle, une évolution qui s’accompagne de conflits et de nouvelles lignes de fracture : appartenance et droits des minorités sont négociés sur fond d’antagonismes entre adeptes et adversaires de la diversité, alors que se forment des alliances transgressant les origines de chacun. Nous traversons une période marquée par une visibilité accrue des ambivalences et des alliances au sein des sociétés post-migratoires, ces sociétés qui réfléchissent résolument à l’après-migration et dans lesquelles la question « Qui sommes-nous et qui appartient à ce nous ? » gagne le devant de la scène. L’intervention de Mme Naika Foroutan met en avant les processus de transformation et de négociation au sein de la société d’immigration allemande ainsi que les phénomènes de polarisation de plus en plus visibles autour des questions d’appartenance et de définition de l’identité nationale.

L'émergence d'une économie "régénératrice"
Guibert Del Marmol
Salle Ganeval

De San Francisco à Bombay en passant par la forêt amazonienne et les campagnes européennes, Guibert del Marmol vit au contact des entrepreneurs qui changent le monde et réconcilient les mots économie, écologie et sens. Ancien dirigeant d’entreprise, il est aujourd’hui conseiller, auteur et conférencier spécialisé dans le domaine de l’économie « régénératrice ». Depuis 2006, il accompagne les directions d’entreprise, conseils d’administration et actionnaires dans le développement d’une gestion durable basée sur le principe de création de valeur partagée. Il est actif à la fois dans les domaines de l’innovation, de la durabilité, de l’entrepreneuriat social et de l’investissement responsable. Il intervient en Europe, aux Usa et en Asie

20 h 30
Anthropocène : l’avenir à l’ère de l’espèce humaine
Prof. Dr. Reinhold Leinfelder
Salle Boris Vian

Nos vies, nos économies sont conditionnées par le système terrestre, un système que nous avons contribué à modifier en en faisant une exploitation hors mesures. Seul un quart de la surface totale sans glaces peut être considéré aujourd’hui comme nature originelle. Nous rasons des montagnes entières, barrons des vallées, créons ou asséchons des lacs, régulons le cours des fleuves et les courants, nous allons même jusqu’à élever le niveau de la mer. Notre production annuelle de matière plastique correspond à peu près à la biomasse de l’ensemble des êtres humains vivant sur terre. Nous vidons les mers de leurs poissons et homogénéisons le monde floral en recourant sans cesse aux mêmes cultures, peu nombreuses. Les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine influent gravement sur le climat. La différence entre l’homme et la nature tend à disparaître, faisant de l’humanité une force géologique. Certains géologues se demandent actuellement si l’heure n’est pas venue de décréter une nouvelle ère, l’anthropocène, caractérisée par la présence dans les sédiments de fossiles de pièces en plastique, en aluminium ou en béton. Parallèlement, l’anthropocène ouvre la voie à une autre approche qui permet de donner à l’homme une place nouvelle au sein du système terrestre et d’envisager une utilisation – basée sur le savoir et axée sur la prévoyance – de l’impact des hommes sur la construction d’un anthropocène viable, durable et juste. À cet égard, il serait pertinent, si nous voulons nous préparer à l’avenir de manière créative, d’esquisser avec chacun plusieurs scénarios d’avenir susceptibles d’être soumis à un test d’utilisation – un défi qu’entend relever la Maison de l’avenir (Haus der Zukunft) à Berlin.

Fédérations, comment et pourquoi se font et se défont-elles?
Prof. Dr. Christoph Möllers
Salle Duchamp

Quelles raisons poussent les communautés politiques à fusionner au sein d’unités plus larges, de fédérations, à l’image des États allemands formant l’Empire allemand à partir de 1866/67 ou des États européens regroupés au sein de la CEE, de la CE puis de l‘UE ? Quels avantages en espèrent-ils et quel en est le prix? L’intervention de M. Möllers donne un aperçu de la théorie de l’intégration et entend aider à comprendre les dilemmes auxquels est actuellement confrontée l’UE.

Le travail : un fléau ou une aubaine?
Prof. Dr. Andreas Eckert
Médiathèque

« La peur de l'ennui est la seule excuse pour travailler ». Avec cette boutade, le comique Groucho Marx soulignait que le travail peut être un moyen de se réaliser soi-même et un recours contre l'ennui. Mais hier comme aujourd'hui, le travail est surtout, pour beaucoup de personnes, une forme de dépendance et un fardeau, davantage un fléau qu'une aubaine. Le concept de travail connaît une multitude de visages, il s'agit bien plus qu'une activité physique et économique pour s'assurer de quoi vivre. La définition du travail qui ne cesse de prévaloir dans notre conception occidentale est celle d'une assimilation au travail rémunéré, telle qu'elle s'est établie au 19siècle dans le contexte de l'industrialisation. Mais depuis, beaucoup d’autres activités sont maintenant considérées comme un « travail » : cuisiner, c'est réaliser un travail domestique ; aborder sa vie amoureuse avec son partenaire, c'est réaliser un travail relationnel ; s'occuper de ses enfants, c'est réaliser un travail d’éducation ; et une salle de sport est pleine de gens qui travaillent leur corps. De plus, les processus actuels de déréglementation du travail affectent les conditions de travail et de vie d'un nombre croissant de personnes dans les régions les plus diverses du monde – et pas seulement dans les pays du Sud. Travailler dans des conditions précaires devient la « norme » pour de plus en plus de personnes dans le monde. Et pour beaucoup c'est loin d'être une nouveauté.

Cette conférence sera l'occasion de discuter de manière synthétique et précise, mais toujours dans une perspective globale, des raisons pour lesquelles le « travail » est un thème important pour le passé, le présent et le futur.

Potentialités d'un monde arabe en révolution
Dr. Leyla Dakhli
Salle Ganeval

L'idée de cette intervention serait de faire le contraire des prophéties (parfois autoréalisatrices) souvent appliquées au monde arabe et de tenter au contraire de puiser dans les inventions de ces 5 dernières années des futurs potentiels pour les années ou décennies à venir. Imaginer les frontières de ce monde, les langues qui s'y parlent, les liens qui s'y tissent, à partir d'un travail historique et dans un libre cheminement dans la géographie de ce que l'on appellera peut-être bientôt plus le "monde arabe".

21 h 00
L'Europe malgré tout
Prof. Dr. Alfred Grosser
Cinéma Paris

L’Europe existe-t-elle encore ? L’Europe des Etats-nations voulue par De Gaulle s’est imposée aux dépens de l’Europe fédérale voulue par Robert Schumann. Les Etats européens semblent plus puissants que jamais tandis que les institutions européennes (Conseil européen, Commission européenne, Parlement européen) paraissent impuissantes. En outre, dans certains pays d’Europe de l’Est, les droits élémentaires semblent en danger. Et la crise des réfugiés va bouleverser l’Europe encore longtemps.

Malgré tout, il y a encore des raisons de ne pas perdre espoir. L’Europe dispose d’une banque centrale qui fonctionne bien ; les réfugiés ont été merveilleusement bien accueillis en Allemagne ; l’amitié franco-allemande est solide (cf. OFAJ, UFA – Université franco-allemande, etc.) ; l’action des associations est de plus en plus étendue.

En résumé, il existe beaucoup de raisons de désespérer, mais la situation de l’Europe et de nos deux pays n’est pas sans espoir. Mes expériences positives avec de nombreux jeunes lycéens en France et en Allemagne me prouvent que l’Europe est toujours un vecteur d’espoir.

Modération: Julia Krittian, Journaliste, Tagesschau (ARD)

Le corps humain a-t-il un avenir ? Une question de philosophie du corps
Prof. Dr. Gunter Gebauer
Salle Boris Vian

De toutes parts, les fonctions naturelles du corps humain sont améliorées, poussées à l’extrême voire remplacées par des machines auxquelles on prête une intelligence supérieure à celle de l’Homme. Les progrès accomplis à ce jour donnent à l’idée d’un avenir « transhumain » un caractère accessible. Les scientifiques, ingénieurs et informaticiens participant à ces projets espèrent un jour remplacer le corps naturel par des éléments plus intelligents et plus puissants. Mais, sentir, comprendre, parler, inventer, ces facultés si humaines peuvent-elles véritablement être remplacées par des machines aussi intelligentes soient-elles ? Ou le corps humain possède-t-il des facultés irremplaçables ou qui se soustraient à toute stimulation artificielle ?

L’eau et les rêves (en 2016) – ce que l'on peut apprendre sur la durabilité sociale à partir du rapport créatif à l'eau
Dr. Rafael Ziegler
Salle Duchamp

Le titre s'inspire bien sûr du splendide ouvrage de Bachelard. J'aimerais utiliser comme accroche sa réflexion et son imagination en lien avec l'eau pour démontrer comment nous pouvons nous représenter l’utilisation de l’eau dans l’espace public. J'évoquerai l'exemple de l'action « Big Jump », cette Journée européenne de la baignade fluviale organisée par l'ERN (de la Loire) en faveur de laquelle mon groupe de travail s'est engagé depuis un certain temps, et qui, à sa manière, montre le chemin de l'avenir. Dans le cas de Berlin, nous pouvons citer l'exemple concret du projet pour une Journée de baignade le long de l'Île aux musées. De telles « utopies concrètes » nous conduisent à nous poser des questions essentielles, à envisager un avenir plus durable, c'est-à-dire une durabilité sociale.

Nouveaux antibiotiques : notre seule stratégie de survie face aux bactéries virulentes
Prof. Dr. Jochen Maas
Médiathèque

À la fin des années 90 du siècle dernier, de nombreux groupes pharmaceutiques ont cessé la recherche de nouveaux antibiotiques. Il y avait trois raisons à cela : d'une part, l’absence d'avancées scientifiques décisives depuis des décennies, d'autre part l’estimation qu’une maladie aiguë était moins rentable qu'une maladie chronique, enfin la dramatique erreur d’interprétation scientifique selon laquelle la grande partie des maladies infectieuses était sous contrôle.
Ces trois hypothèses formulées à l'époque se sont révélées inexactes avec la conséquence que les scientifiques tant universitaires qu’industriels se sont à nouveau et de plus en plus consacrés à la recherche des maladies infectieuses et donc de nouveaux antibiotiques. Le vecteur principal de cette reprise est lié au nombre toujours plus élevé d'infections nosocomiales dues à des germes résistants qui pose un problème croissant à notre système de santé. Mais c'est sans compter sur la (ré)apparition de nouvelles maladies : rappelons à ce titre que la tuberculose touche depuis des années un nombre de patients en augmentation.
L'ensemble de ces faits rend urgent et nécessaire le développement de nouvelles approches dans le domaine de la recherche des maladies infectieuses : cela concerne bien sûr la recherche intensive de nouveaux médicaments innovants, tant naturels que synthétiques. Mais d’autres aspects doivent aussi être pris en compte : le long et coûteux processus de recherche de ces nouvelles molécules nécessite des actions concertées de l’ensemble des chercheurs, qu’ils viennent des milieux universitaires ou industriels. En d'autres termes, il nous faut créer des modèles de coopération innovants dotés de mesures incitatives pour tous les partenaires. Et pour finir, nous avons besoin d'un système récompensant de vraies innovations à des prix (ou d'autres incitations) justes.

21 h 30
Les clés du futur
Jean Staune
Salle Boris Vian

Un monde se meurt, le monde de la société industrielle basée sur la machine, les capitaux, les valeurs matérielles. Un autre monde est en train de naître basé sur le numérique, la créativité, l’innovation, l’intelligence. Cela représente pour notre société une transition équivalente à celle qui nous a menés du Moyen Age à la modernité. Cinq révolutions (scientifique, technologique, sociétale, économique, managériale) ont lieu simultanément, elles vont  profondément impacter notre façon de consommer, de produire, de se comporter dans notre vie professionnelle et même dans notre vie privée. Tous nos repères sont en train ou vont être bouleversés. Cette intervention a pour but d’être une sorte de GPS donnant à chacun les éléments pour comprendre quelles sont les principales menaces qui pèsent sur nous et quelles sont les voies qui permettraient de sortir de la crise actuelle. Des mutations sociétales aux bouleversements scientifiques, des nouvelles pratiques économiques aux entreprises qui inventent le monde de demain, nous allons aborder tous les grands domaines qui impactent notre vie et nous présenterons des idées comme des pratiques qui peuvent nous permettre d’écrire une nouvelle page de l’aventure humaine au lieu d’être entrainée dans la chute du monde actuel.

Pas une question de volontariat ! Pourquoi nous avons besoin de bien plus que d’une responsabilisation morale des entreprises et d’une consommation équitable
Dr. Miriam Saage-Maaß
Salle Duchamp

« Economie responsable », corporate social responsability : un grand nombre d’entreprises ou de groupes transnationaux se vantent de cet engagement volontaire. Pourtant, la réalité de l'économie globalisée du 21e siècle présente un tout autre visage. Les groupes, leurs filiales ou leurs sous-traitants ne cessent de violer les droits de l'homme à l'étranger, par une coopération ciblée avec des régimes violents, par une politique commerciale purement orientée vers le profit, ou bien par une simple négligence en matière de management. Les personnes touchées ont rarement les voies et les moyens de faire valoir leurs droits jusqu’au siège social de l'entreprise responsable, et encore moins de les imposer. Mais c'est aussi en tant que consommateurs conscients que nous devons absolument être en mesure d'acheter des produits du commerce équitable et d'influencer le marché.

L'organisation ECCHR (European Center for Constitutional and Human Rights) milite pour que les cas de violation des droits de l'homme commis par des entreprises soient traités juridiquement. Pour cela, des débats juridiques doivent aussi être lancés : Quel rôle jouent les sociétés transnationales dans le monde globalisé ? À quel cadre réglementaire et légal sont-elles soumises ? Quelles lois sont nécessaires pour engager de manière appropriée la responsabilité d’une société en cas de violation des droits de l'homme ? Nous devons appréhender chaque procédure dans sa dimension économique, sociale et politique et tenter de contourner les rapports de force par le recours à des moyens juridiques innovants et inattendus.

22 h 00
La décroissance, un projet pour le futur?
Prof. Dr. Serge Latouche
Médiathèque

Le mot décroissance est d'un usage récent dans le débat écologique, économique et social. Utilisé à partir de 2002 comme un slogan provocateur pour dénoncer la mystification de l’idéologie du développement durable, il désigne désormais un projet alternatif complexe de sortie de la société de croissance. Nous vivons, en effet, dans des sociétés de croissance. La société de croissance peut être définie comme une société dominée par une économie de croissance et qui tend à s'y laisser absorber. La société de consommation est l’aboutissement normal d’une société de croissance. Elle repose sur une triple illimitation : illimitation de la production et donc du prélèvement des ressources renouvelables et non renouvelable, illimitation dans la production des besoins – et donc des produits superflus, illimitation dans la production des rejets – et donc dans l’émission des déchets et de la pollution (de l’air, de la terre et de l’eau). Pour préserver la survie de l’humanité et l’habitabilité de la planète, il faut donc retrouver le sens des limites. Le projet de la décroissance n'est donc pas l'alternative, mais une matrice d'alternatives qui rouvre l’aventure humaine à la pluralité de destins et à l'espace de la créativité, en soulevant la chape de plomb du totalitarisme économique. Il s’en suit que la société d’a-croissance ne s’établira pas de la même façon en Europe, en Afrique sub-saharienne ou en Amérique latine. Il importe de favoriser ou de retrouver la diversité et le pluralisme. On ne peut donc pas proposer un modèle clefs en mains d’une société de décroissance, mais seulement l’esquisse des fondamentaux de toute société non productiviste soutenable : l’utopie concrète d’une société autonome sereine et conviviale de prospérité sans croissance. Ce projet peut sembler chimérique aujourd’hui, il est pourtant d’un extrême réalisme si l’on veut éviter l’effondrement de la civilisation humaine demain.

Penser le futur de l'Europe dans le monde réel: quelques pistes
Prof. Dr. Michel Foucher
Salle Ganeval

Le projet européen est confronté à des défis externes qui révèlent des faiblesses internes. Après  avoir réussi à réconcilier les Etats de l’Europe carolingienne puis en avoir élargi la sphère après 1989-1991, les Européens doivent sortir de leur innocence historique (dépasser le passé comme seul fondement) et de leur impensé géopolitique (penser le monde comme simple voisinage à transformer). Ils ont devant eux la tâche de bâtir une troisième étape, à l’échelle d’un monde réel qui commence à ses portes : que faire ensemble pour peser sur les affaires de ce monde parcouru de tensions alors que les ¾ des crises graves du monde se situent entre 3 et 6 heures de vol de Berlin ou de Paris ? Comment devenir ensemble un acteur qui pèse et influe sur le cours des choses ?

Pour faire naître une idée
Prof. Dr. Cédric Villani
Cinéma Paris

Avec une idée, dans la tête d'un chercheur, d'un ingénieur ou d'un inventeur, on peut changer le monde, un peu ou beaucoup. Favoriser l'émergence des idées, voilà le vrai défi de l'enseignement, surtout dans le domaine de la recherche... Mais une idée, cela ne pousse pas comme cela dans la tête des gens ; il en faut, des ingrédients et des engrais, pour l'amener jusqu'à la naissance !

Modération: Dipl.-Ing. Jean-Jacques Pierrat, Botschaftsrat für Wissenschaft und Technologie, Französische Botschaft

22 h 30
Le Gulf-stream faiblit-il?
Prof. Dr. Stefan Rahmstorf
Salle Ganeval

Le risque d’un affaiblissement, voire d’une rupture du Gulf Stream quelque part dans l’océan Atlantique est un sujet qui préoccupe depuis longtemps les climatologues et qui a nourri plus d’un phantasme hollywoodien. Les mesures effectuées sur ce courant ne remontent pas assez loin pour permettre de détecter une évolution sur le long terme. Au cours de ces dernières années, des expériences ont donc été menées afin de reconstruire l’évolution de ce courant en usant de méthodes indirectes, en étudiant par exemple les modifications caractéristiques des températures de la mer. Ainsi, une tendance au refroidissement a été constatée dans l’Atlantique Nord au cours du 20ème siècle, alors que le reste du globe, lui, se réchauffait sensiblement. Les signes indiquant un fort ralentissement du Gulf Stream au cours du 20ème siècle, dû au réchauffement climatique, et son impact sur les conditions météorologiques en Amérique du Nord et en Europe, se multiplient.

Quel futur pour nos systèmes scolaires à l'ère de la mondialisation numérique?
Prof. Dr. Philippe Meirieu
Médiathèque

« Le numérique a envahi nos vies et celle de nos enfants. Technophiles et technophobes se disputent sur la fabuleuse opportunité que cela représente ou les dangers majeurs de cette aventure. Est-on face à une révolution qui permettra de faire entrer nos systèmes scolaires et leurs élèves dans la « société de la connaissance » ou bien devant un assujettissement à des prothèses technologiques qui finiront par nous empêcher de penser ? Va-t-on pouvoir transformer les relations pédagogiques pour mettre les élèves dans des situations d’apprentissage plus personnalisées, plus actives et plus lucides, ou bien va-t-on simplement juxtaposer des individus sidérés par les écrans ? Sans doute faut-il se garder de toute prophétie, mais nous ne pouvons pas, pour autant, nous désintéresser des enjeux de ce phénomène. C’est pourquoi nous nous interrogerons sur les effets sociaux du développement du numérique sur le psychisme enfantin, mais aussi sur la manière dont nos systèmes scolaires peuvent intégrer le numérique sans perdre de vue leurs missions essentielles de transmission et d’émancipation. Nous traiterons donc du numérique, tout à la fois du point de vue anthropologique, pédagogique et institutionnel ».

23 h 00
Discussion autour de 2084, la fin du monde
Dr. Boualem Sansal
Cinéma Paris

S'inspirant du célèbre roman 1984 de Georges Orwell, Boualem Sansal nous offrira, l'esapce d'un instant, une lecture de son oeuvre dystopique d'anticipation qui décrit une société plongée dans le radicalisme religieux.

Modération: Dr. Marjorie Berthomier, attachée culturelle, Ambassade de France

Géopolitique des Séries Télévisées ou le Triomphe de la Peur
Prof. Dr. Dominique Moïsi
Salle Ganeval

Les séries télévisées, les meilleures d'entre elles au moins, sont devenues pour la compréhension des émotions du monde, l'équivalent de ce qu'étaient les feuilletons au dix neuvième siècle. Or les séries semblent constituer aujourd'hui comme un catalogue des peurs du monde: peur du terrorisme (Homeland), peur de la fin de la démocratie (House of Cards) peur du chaos (Game of Thrones) peur du retour de la menace russe (Occupied).
Les fictions s'inspirent tout naturellement d'une réalité internationale toujours plus anxiogène. Mais si la réalité s'inspirait elle aussi de la fiction?

Les potentiels du futur
Camille De Toledo
Médiathèque

Avez-vous déjà entendu le son des glaciers, des icebergs en train de fondre ? Pour cette conférence performée sur les « potentiels du futur », Camille de Toledo, écrivain, plasticien, théoricien, auteur récemment de « Nous sommes des possibilités infinies », une proposition à la fois intellectuelle, plastique et littéraire pour une « politique des possibles », partira de ce son-là : les craquements causés par la fonte des glaces, captés en live par une sonde sonore envoyée dans les profondeurs de l’océan Arctique. A partir de cette immersion au cœur de « l’anthropocène », où vous sentirez la réalité de la destruction de nos écosystèmes causée par l’activité humaine – la fonte des glaces, les « plaintes » des baleines - Toledo proposera une « cartographie des temps présents et futurs », de la bataille qui se joue, actuellement, pour reconstruire des possibilités, dans l’avenir, au-delà de nos récits apocalyptiques. Entre les spéculations sur « la fin des temps », les prophéties transhumanistes de la Silicon Valley, les croyances d’un troisième accelerationnisme qui imagine l’humanité « libérée » par la machine, Toledo esquissera les cadres de ce qu’il nomme, « la pensée potentielle », une pensée ouverte, infiniment, vers tous les mondes possibles.

23 h 30
Ecolonomie, Entreprendre sans détruire
Emmanuel Druon
Médiathèque

“Il est plus économique de produire de façon écologique.” C’est à partir de cette affirmation, à contre-courant de la pensée traditionnelle, que, depuis dix-sept ans, Emmanuel Druon a transformé l’entreprise Pocheco (Lille) avec l’aide de ses cent vingt-deux collègues.
Alors que la plupart des entreprises sont encouragées à rechercher la rentabilité à n’importe quel prix, Emmanuel et son équipe font le pari que prendre soin de la planète et des êtres humains assure une véritable pérennité à leur activité. Car, comme il le dit : “Nous Occidentaux, avons épuisé la lithosphère et ses ressources fossiles, fissibles, minières et halieutiques. Les gens aussi sont épuisés. On peut encore produire et entreprendre mais sans détruire.”
Autonomie en eau et en chauffage, panneaux photovoltaïques, recyclage, reboisement, toit végétalisé, phytoépuration, isolation, suppression des produits chimiques et polluants, une stratégie globale est mise en place pour progressivement limiter au maximum l’impact de l’activité sur la biosphère. Et les résultats économiques sont là. Alors que Pocheco a investi 10 millions d’euros ces quinze dernières années pour réduire son empreinte écologique, elle a, dans le même temps, réalisé 15 millions d’euros d’économies.

Gouverner le climat? Les futurs des changements climatiques
Dr. Stefan Aykut
Salle Ganeval

La montée du problème climatique sur l'agenda international a donné lieu à la mise en place d'un système de gouvernance unique en son genre, dont l'Accord de Paris, conclu en décembre 2015, constitue la dernière manifestation en date. Pour l'heure, ce processus multilatéral a toutefois échoué à infléchir durablement l'augmentation des émissions mondiales de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète. Comment alors apprécier le bilan de ces négociations? Comment "gouverner le climat" dans un monde qui connaît des accélérations majeures et se voit confronté à de multiples crises ? Enfin, dans quel cadre repenser le défi climatique pour l’inscrire dans le champ des futurs ?

Conférences | La Nuit des Idées - Berlin

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